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Les femmes et les enfants d’abord : biopolitique, eugénisme et marasme démographique au Japon

Lou JUDAS

Observatoire Asie-Pacifique

26 juillet 2026

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Peut-on penser à l'eugénisme sans invoquer l’Allemagne hitlérienne ? C’est le piège que Leo Strauss désignait sous le nom de reductio ad Hitlerum, un raccourci dont la souillure morale associée aux crimes nazis finit par appauvrir la compréhension historique de chaque trajectoire nationale. À partir du cas japonais, cet article analyse comment l’idéologie eugéniste, d’abord forgée dans les cercles scientifiques et intellectuels de l’ère Meiji (1868-1912), s’est progressivement institutionnalisée jusqu’à la loi de protection eugénique de 1948. En mobilisant le cadre foucaldien de la biopolitique, cette étude met en lumière les mécanismes par lesquels l’État japonais a instrumentalisé le corps des femmes comme terrain d’ingénierie sociale, en s'appuyant sur la légitimité médicale et le relais médiatique. Elle examine également les résistances féministes qui se sont construites, paradoxalement, dans les marges du cadre eugénique existant. Finalement, la révision législative de 1996 incarne moins une rupture qu’un simple glissement sémantique des logiques biopolitiques, lesquelles se recomposent autour des inquiétudes contemporaines liées au vieillissement de la population et à la baisse de la natalité. Cette contribution invite donc à penser « les femmes et les enfants d’abord » comme une formule ironique où derrière la promesse de protection se déploie une logique de contrôle des corps et de la reproduction.

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